Les jeunes résidents des Tourelles dans leur nouvelle maison
Les jeunes résidents des Tourelles dans leur nouvelle maison
Quelle joie pour les enfants et l’équipe du Service résidentiel général provincial « Les Tourelles » ! Les voici enfin dans leurs nouveaux locaux flambants neufs, à Chercq, après avoir quitté le centre-ville de Tournai où ils logeaient « temporairement » à la « Dorcas ». Et quel superbe site ! Retour sur une épopée qui aura duré 10 ans, où le moteur principal sera resté identique, tout au long du chemin : les enfants. Une motivation à la hauteur des enjeux de la mission des « Tourelles ».
Rencontre avec Jessica Lecomte, coordinatrice du service.
Trois étés : trois tournants dans l’histoire du service provincial d’aide à la jeunesse « Les Tourelles »
La passion de l’être humain, la vocation du coeur, la force dynamique d’un collectif… Ce sont sans doute les spécificités les plus évidentes des membres de l’équipe des « Tourelles ». Ce service résidentiel général situé à Tournai est le seul du genre (d’Aide à la jeunesse) organisé par la Province de Hainaut.
L’équipe éducative travaille aux côtés de 15 bébés et enfants. Dans un domaine où il faut « avoir le cœur bien accroché » comme l’explique Jessica Lecomte, coordinatrice du service après y être arrivée il y a 20 ans.
Nos collègues ont traversé des crises de taille et voient enfin un heureux dénouement se profiler, sans avoir rien lâché ! La raison de cette puissante motivation : le bien-être des enfants. Créé dans les années 60 – tour à tour école et pouponnière – « les Tourelles » est un service d’hébergement pour mineurs « placés » sous mandat du Juge de la Jeunesse, depuis 1999. Les enfants y résidant parfois dès la naissance, vivent des parcours égratignés et ont été confrontés, avant d’y arriver, à des réalités familiales « sensibles ». « C’est le seul service du type actif au bénéfice des enfants de 0 à 3 ans pour tout l’arrondissement de Tournai » explique Jessica « C’est très peu. Or, il y a de plus en plus d’enfants en difficultés très jeunes ».
Les accueillant même jusqu’à 8 ans, l’équipe passe idéalement la main aux parents après les avoir accompagnés dans l’appropriation des réflexes parentaux adéquats : « Quelquefois, cela ne fonctionne pas car les difficultés en famille sont trop importantes, souvent à cause des assuétudes ou de troubles psychiatriques. Il y a malheureusement une rechute. Dans ce cas, les enfants quittent les Tourelles et partent vers un autre service similaire ». Et avec les années, les collègues reçoivent parfois des nouvelles des enfants :
« Nous sommes heureux d’apprendre que tout va bien pour l’enfant. Mais quoi qu’il arrive, nous savons que nous avons fait tout ce que nous pouvions pour les enfants, durant leur passage ici. Nous sommes responsables d’eux et de leur bien-être, même si nous ne pouvons pas nous substituer aux parents ». Au-delà de ce métier que l’on imagine sans peine très éprouvant émotionnellement, l’équipe a traversé – presque littéralement- vents et marées… Et a tenu bon solidairement et en bénéficiant, heureusement, de précieux soutiens.
Juin 2016 : une montée des eaux de 2 mètres en 20 minutes
Dans la soirée du 7 juin, le Rieu de Barges sort de son lit et ravage de nombreux quartiers. Grâce à un avertissement reçu à temps, les équipes et les enfants évacuent leur bâtiment de Chercq dans l’urgence et sont relogés dans l’auberge de jeunesse. « Le lendemain, nous avons constaté les dégâts et avons commencé à récupérer ce que nous pouvions. Les enfants n’avaient plus de vêtements, de jouets, de literie,… Mais la machine provinciale s’est mise en marche. Le Collège provincial a débloqué des budgets, un hébergement rapide au sein de l’ancien hôpital de la Dorcas a été mis en place ; HGP a été d’une aide incroyable ; les équipes de nettoyage de la Haute Ecole Condorcet ont lessivé tous les doudous, les draps. Oui, nous étions fatigués mais notre moteur était de permettre aux enfants de retrouver un chez eux rapidement ».
Relogés au centre de Tournai, les enfants et équipes s’y établissent temporairement, en attendant de nouveaux bâtiments sur leur site originel. Conséquemment aux analyses techniques poussées, aux démarches urbanistiques et de financement, aux travaux de dédoublement du Rieu de Barges par HIT, le chantier débute en août 2023.
Juillet 2025 : le sort s’acharne
Pendant ce temps, les enfants et l’équipe poursuivent leur vie à la Dorcas. L’été 2025, un chantier privé de démolition des bâtiments adjacents débute. Mais dans le cadre d’une manœuvre délicate, une tour s’effondre sur le toit du salon des Tourelles : « Nous l’avons échappé belle car il aurait pu y avoir un éducateur avec un bébé à ce moment précis dans cette pièce ». Sous le choc, le personnel et les enfants qui avaient heureusement été placés dans une zone du bâtiment hors de portée, en prévision de cette manœuvre délicate, sont confrontés une nouvelle fois à la ruine d’une partie des lieux de vie des enfants. « Les collègues de HGP et la DGAS sont venus immédiatement aider à déblayer les gravats. La Province nous a donné accès à l’internat adjacent de la Haute Ecole Condorcet pour y loger les enfants qui n’avaient plus de chambres ». Une nouvelle fois, le personnel remet la main à la pâte.
Jessica Lecomte positive : « Alors oui, tout cela été plus qu’embêtant mais heureusement, ce n’était que du matériel. Et à chaque crise, notre force a été l’amour de notre travail avec les enfants car ils comptent sur nous. On voit leur détresse et on réagit. Le fait qu’on soit une équipe qui évolue depuis des années ensemble nous permet de rester solidaires, au-delà des désaccords occasionnels qui peuvent parfois surgir. On est tous au clair pour travailler ensemble pour les enfants, point ». Cette énergie est récompensée par les dons d’activités, de temps, d’argent et de matériel des bienfaiteurs des Tourelles : des anonymes, des services clubs comme le Kiwanis ou le Rotary, le médecin du service Dr Wattiez, des collègues,…
Juin 2026 : un nouveau départ
10 ans après leur départ, l’été 2026 amène un bon vent de félicité sur les jeunes résidents et les équipes qui enfin ont pu intégrer leurs nouveaux locaux, à Chercq.
« On espère que le nouveau bâtiment va nous porter chance ! » rit Jessica. « L’impatience se faisait sentir et franchement, mes collègues sont hyper conciliants car le contexte dans les locaux actuels est difficile. Nous allons enfin avoir de vrais espaces verts pour les enfants, des logements-tests intimes pour les familles et une infrastructure incroyable ».
La dernière visite des lieux avec le personnel a eu lieu en avril et la remise des clés est prévue en juin. Une histoire qui se poursuivra – on le souhaite de tout cœur – avec un juste retour des choses pour ces collègues courageux et leurs jeunes bénéficiaires qui démarrent une aventure.
